Interview parue dans le N° de février d’Amina

Thierry Sinda, Président de l'UNF

Depuis leur arrivée en France pendant les première et seconde guerres mondiales les Africains n’ont cessé de creuser leur sillon. Cette immigration tout d’ abord conjoncturelle est devenue peu à peu structurelle. Dès le début des années 50 sont apparus les premiers restaurants et discothèques gérés par des Africains où s’illustraient des poètes de la négritude comme Damas ou des parlementaires comme Sékou Touré. Dans les années 60, le gouvernement à fait appel aux Africains pour participer aux grands travaux d’une France en pleine mutation. Dans les années 70, la France a institué la carte de séjour pour freiner l’immigration. En vertu du droit du sol tous les enfants des immigrés africains nés en France sont nés français .On les a appelé « la deuxième génération ». Beaucoup ont été formés aux contacts des associations antiracistes et identitaires telle que SOS racisme. Aujourd’ hui, depuis les dernières élections municipales de 2008, les Africains et les Antillais ont fait une entrée en force en politique. La dernière étape des français d’origine afro semble être l’entrée sur la scène politique via leur propre mouvement. A ce sujet, nous avons rencontré Thierry Sinda, qui vient de fonder le mouvement Union pour la Nouvelle France, lequel présentera des candidats aux élections régionales de mars 2010.


Vous êtes poète, enseignant, critique de cinéma au magazine Amina  depuis vingt ans et président du festival  Printemps des poètes des Afriques et d’ Ailleurs et de l’association Génération diversité. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la politique tout d’un coup ?

Je ne pense pas que mon passage à la politique soit brutal .Tout d’ abord j’ai grandi dans un univers où la politique était extrêmement présente. Mon grand oncle était le président l’abbé Fulbert Youlou, et mon père Martial Sinda était son dauphin. Si je ne me suis jamais impliqué dans la politique, c’est d’ une part  parce que la politique telle qu’elle se pratique en Afrique ne m’intéresse guère, et d’ autre part parce qu’il me semblait impossible en tant que Français noir de m’imposer en politique. Aujourd’ hui la donne a changé : le profil de l’homme politique a cessé d’être un  homme blanc de cinquante ans qui a fait l’ENA.

De plus, lorsque vous faites de la poésie engagée et que vous vous impliquez dans des associations militantes pour le respect de l’être humain vous êtes déjà dans l’antichambre de la politique.

Les exemples sont nombreux : Senghor, Césaire, Damas, Rabémananjara, Dadié (pour les poètes) et Lamine Senghor, Julien Dray, Harlem Désir, Fadéla Amara, Martin Hirsch (pour les associatifs).

 

Je suis totalement d’ accord avec vous. Mais enfin ce n’est pas tous les jours qu’un français issu de minorités visibles crée un mouvement en France pour se présenter aux élections régionales. Qu’est-ce qui a prédestiné à la création de l’Union pour la Nouvelle France ?

En effet, c’est une première ! Mais vous remarquerez que même les français dits de souche ne créent pas des partis tous les jours !(sourire) Notre vie politique est dominée depuis plus de trente ans par les mêmes partis politiques traditionnels qui changent parfois d’ appellation, mais plus rarement de personnel politique, sauf quand il y a un changement naturel de génération. Alors la plupart du temps, c’est le dauphin ou celui qui se considère comme tel qui prend la relève.

Au sein de l’association Génération diversité que je préside,  nous avons décidé d’ étudier la diversité en politique .Le constat a été le suivant : sur 520 000 conseillers municipaux il y en avait seulement 2000 issus de la minorité visible ; sur 577 députés de l’ Assemblée nationale, il n’ y avait qu’ une centaine de femmes et 1 seul député élu de l’ hexagone issu de la diversité(George Pau-Langevin), et sur les 209 conseillers régionaux de l’ Ile de France il n’ y a que 3 conseillères noires. Il est évident que la France est en retard par rapport à d’autres pays d’Europe, et que les élus ne sont guère à l image de la société française qui est plurielle et multicolore, je dirai même multi-odeur et muli-saveur ! C’est la raison pour laquelle, avec des amis, j’ai décidé de créer l’Union pour la Nouvelle France. Notre but premier est de faire des listes aux régionales qui soient l’illustration de la diversité française.

 

Comment est perçu votre mouvement en France ?

Par les minorités visibles l’UNF est plutôt bien perçu .En revanche, pour les traditionnels partis politiques nous sommes regardés comme des extraterrestres ! (rires)

 

Comment fonctionne le Conseil régional ; combien y a-t- il de conseils régionaux en France ; et quel est l’intérêt pour le citoyen français d’aller voter ?

Il existe 22 conseils régionaux dans l’hexagone et 4 en outremer (la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion).Dans la presse nationale les régions-départements de l’outremer sont souvent ignorées… Le nombre de conseillers régionaux est de 1695.

Si je prends la région île de France, où je serai tête de liste régionale, je vous dirai que celle-ci a 4 grandes orientations représentant en gros chacune 25% du budget total, lequel est de 4,5 milliards d’euros. Les orientations sont : les Lycées, les transports, la formation et l’enseignement supérieur, et pour finir La coopération décentralisée, le sport, les loisirs et la culture. Il est évident que le futur président de région  pourra rajouter d’autres orientations.

 

L’UNF sera-t-il présent dans les 26 régions de France ?

Nous sommes un jeune mouvement et nous avons pris l’option de présenter des candidats dans trois régions : Picardie, Centre et Ile de France. Les têtes de liste régionale sont respectivement Emmanuel Okou, Cyprian Josson et moi-même.

 

Quelle est la place des femmes au sein de l’UNF ?

L’élection régionale est un scrutin de liste. Chaque liste est tenue d’alterner les candidatures masculines et  féminines. C’est ainsi que dans les scrutins de liste les femmes sont en proportion égale à celle des hommes. Si vous prenez la région Ile de France, elle se divise en 8 départements. Le chef de file du département de Paris, qui est l’un des plus prestigieux, est une femme : Naomi Sadeng.

 

Pouvez-vous nous parler de Naomi Sadeng ?

Depuis la dernière élection municipale de 2008, Naomi Sadeng est conseillère municipale dans le 20e arrondissement de Paris. Naomi est une battante qui sait prendre la mesure de toute chose. Avant d’être conseillère municipale,  Naomi a participé  à la démocratie participative de son quartier. Cela a été pour elle un excellent apprentissage avant de faire son entrée dans le  monde réel de la  politique. Travailler avec elle est pour moi un très grand plaisir, elle est très attentive,  elle fait preuve de beaucoup de sérieux, et elle apprend très vite. C’est la raison pour laquelle je lui ai demandé d’être chef de file départemental Paris. Cela n’a guère été facile pour la convaincre. Néanmoins, une fois quel a eu compris l’enjeu, elle a courageusement accepté.  Naomi Sadeng fait partie d’une nouvelle race d’élus de la diversité qui devrait nous surprendre en bien  dans les années à venir.


Pouvez-vous nous donner les grandes lignes du programme de l’Union pour la Nouvelle France ?

Toute notre action se concentre sur la banlieue, il faut humaniser et sauver nos banlieues qui sont dans un état pitoyables ! Pour ce faire, nous souhaitons un plan Marshall pour les banlieues. Notre programme s’ articule autour des axes suivants: au niveau de l’ éducation : des formations professionnelles pour les jeunes déscolarisés, des mini-lycées de la deuxième chance pour les jeunes adultes qui voudraient passer le bac, une subvention systématique aux associations faisant du soutien scolaire dans des zones sensibles, idem pour les classe d’ intégrant des handicapés dans les lycées ordinaires, un soutien financier pour les jeunes défavorisés qui poursuivent leurs études ou rentrent dans la vie professionnelle ; au niveau du logement : la construction de logements sociaux, l’ anonymisation de la procédure d’ attribution des logements sociaux, la location-vente systématique des logements sociaux ; au niveau des transports :en Ile de France supprimer les zones 4,5 et 6 (qui relèvent de la discrimination), rendre tous  les transports accessibles aux différentes formes d’ handicap ;au niveau citoyen inventer la maison des Anciens pour recréer du lien social entre les générations et installer un dialogue interculturel tout en redonnant leur poids aux anciens qui sont souvent des laisser pour compte en Europe. En fait, nous voulons replacer l’homme au premier plan ! Nous sommes des humanistes.

 

Avez-vous un programme spécial à l’ endroit des femmes ?

Oui on  subventionnera des crèches qui ne seront ni des crèches municipales liées au domicile  ni des crèches  d’entreprise liées au lieu d’emploi, mais des crèches qui peuvent se trouver à proximité de l’entreprise de la maman ou à côté de son lieu de loisir ou de ses courses. Nous avons également prévu de soutenir l’économie solidaire. Cela permettra à de nombreuses femmes qui ne peuvent pas avoir accès aux prêts bancaires de bénéficier de prêts solidaires et de mettre sur pied des micro-entreprises .Au niveau du transport pour les longs trajets en train nous subventionnerons des aires de jeux pour les enfants, car ceux-ci sont parfois intenables  et trop bruyants pour les autres passagers.

 

Avez-vous les moyens de votre politique ou sont-ce seulement des vœux pieux ?

Lorsque nous aurons fait des listes à l’image de notre société plurielle et que nous auront fait circuler ces idées, nous aurons déjà gagné ! Maintenant pour que nos idées soient appliquées par nous-mêmes, il faut que nous fassions 5 % et qu’au second tour nous négocions pour faire partie de l’exécutif régional.

 

Bonne chance à L’ UNF

Merci à vous.

 

Interview réalisée par Patrick Morland


Interview parue dans le N° de mars 2010 d’Amina

Francine Ranaivo et Denise Chevalier

candidates de l’Union pour la Nouvelle France aux élections régionales en Ile de France

 

L’Union pour la Nouvelle France est un nouveau mouvement politique présidé et fondé par Thierry Sinda. Ce jeune mouvement a été créé pour permettre aux minorités visibles d’être mieux représentées en politique. Pour son baptême politique l’Union pour la Nouvelle France s’invite dans bataille des élections régionales. Il sera ,en principe, présent dans trois régions : la région Ile de France dont la tête de liste est Thierry Sinda, la région Picardie dont la tête de liste est Emmanuel Okou, et la région Centre dont la tête de liste est Cyprien Jonson. « Le challenge de l’UNF, nous dit son président,  est de boucler les listes, ce qui ne sera guère facile étant donné le manque de conscience politique des afro-français et la résistance des autres français à nous rejoindre. Quoi qu’il en soit UNF s’installera dans le paysage politique français avec le temps ».

En effet, les élections régionales sont des  scrutins de liste. En Ile de France il faut 225 candidats, en Picardie 57 candidats et dans la région Centre 77 candidats.

Amina à rencontré deux candidates de l’UNF en Ile de France.

 

 

 

Francine Ranaivo,

Candidate UNF en Ile de France,

Retraitée de la fonction publique territoriale

 

Vous avez contribué avec Thierry Sinda le Président de l’UNF au recrutement des candidats pour les élections régionales. Pouvez-vous nous dire ce qu’il en est ?

Nous avons mené un grand travail de recrutement de candidats auprès des universités et du tissu associatif des originaires de   l’Afrique de la Caraïbe et de l’Océan Indien. Il n’est pas aisé de faire passer les militants associatifs au statut de militants politiques. De plus, dans les huit départements de l’Ile de France, le président a nommé des référents dont la tâche est de recruter des candidats. A l’heure actuelle nous finalisons encore les listes. Il faut dire que l’UNF, qui est fille de Génération diversité, n’a que trois mois d’existence, et par conséquent n’a pas encore de personnel politique.Néanmoins, nous avons pris          l’ option de travailler sur du long terme. Par exemple, l’année prochaine on prendra part aux cantonales .Celles-ci ne sont pas des scrutins de listes comme les régionales, mais des scrutins uninominaux, c’est à dire d’une personne. Il est extrêmement important que les minorités visibles soient présentent à toutes les élections.

 

Qu’est ce qui a fait que vous vous êtes engagée dans l’Union pour la Nouvelle France ?

Je suis avec Thierry Sinda membre fondatrice de Génération diversité et de l’Union pour la Nouvelle France. Quand Thierry m’a demandé de le suivre sur le créneau politique, j’ai tout de suite accepté, car c’est ainsi que l’on fera avancer les choses .Je pense que l’avenir appartient à la France multicolore, à la nouvelle France. Nous sommes d’origines d’ ailleurs mais français !

 

Est-ce que cet ailleurs nourrit le programme de l’UNF ?

Oui, bien évidemment ! Par exemple nous avons conceptualisé la Maison de l’Ancien pour renouer les liens intergénérationnels qui sont distendus en France .Dans nos pays d’origines, que ce soit en Afrique ou à Madagascar, on a encore le respect des anciens. En France, le vieux c’est le « vieux con » alors que dans notre culture d’origine c’est le sage. Il faut que le respect de l’autre et des anciens soient remis à l’ordre du jour. En ce sens, notre statut de Français d’ ailleurs comporte des points propre à enrichir la société française. Celle-ci est par définition en perpétuel mouvement.

 

 

 

Denise Chevalier,

Candidate UNF en Ile de France,

Fonctionnaire territoriale dans la culture et le patrimoine

 

Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes engagée dans l’UNF ?

En octobre 2009, j’ai assisté à la réflexion de Génération diversité sur la stratégie à adopter par la diversité face aux élections régionales de mars 2010. Devant la difficulté de peser sur les partis politiques traditionnels pour qu’ils prennent en compte la diversité, nous avons décidé de créer un mouvement autonome. C’est ainsi qu’est née l’Union pour la Nouvelle France dont je suis membre fondatrice.

 

Comment est née votre conscience politique ?

Ma conscience politique se greffe sur ma conscience de militante forgée en Métropole par la découverte des œuvres d’Aimé Césaire et de France Fanon. Ces deux auteurs on été une riche source d’enseignement et de thérapie pour moi . En effet, car après avoir passé une enfance paisible à la campagne en Martinique dans un monde sans racisme, j’ai, adolescente, rencontré subitement les différences de couleur de peau et le racisme par projection des autres. En Martinique, la couleur de peau va du blanc le plus claire  au Noir le  plus foncé en passant par les chabins et toutes les autres nuances. Politiquement, Aimé Césaire est aussi le fondateur d’un mouvement autonome : le Parti Progressiste martiniquais. En Métropole, il faudrait que les domiens s’investissent davantage en politique pour faire bouger les lignes dans notre société française.

 

Quelles sont les propositions de l’Union pour la Nouvelle France qui vous tiennent à cœur ?

Je suis sensible à toutes les  propositions qui portent sur l’enseignement, l’éducation et la formation des jeunes .A l’UNF, nous pensons que 70 % des formations offertes par les conseils régionaux devraient aller en direction des jeunes des quartiers difficiles dont bon nombre ont quitté l’école sans diplôme. I l faut que ces jeunes apprennent un métier, qu’ils aient un emploi et s’insèrent dans la société. Dès lors, on constatera que les incivilités et les petits délits seront en baissent. Au niveau du contenu des programmes scolaires, nous préconisons une école prenant en compte davantage l’histoire des minorités notre pays .Il serait bon également de remettre au programme l’instruction civique.

Je suis sensible aussi à toutes les propositions de l’UNF en direction des handicapés. Pour finir, je pense que notre proposition de transport en commun fluvial, pour faire baiser le CO2, devrait faire l’objet d’une étude de  faisabilité. 

                                                                                                              Interview réalisée par Patrick Morland